[Critique Ciné] Blade Runner 2049

Dire que l’on attendait Blade Runner 2049 est un doux euphémisme. Adaptation du roman de Philip K. Dick « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?», Blade Runner est devenu, après des critiques et résultats très mitigés, un film culte de la SF, un des plus brillants représentants du genre voire un des meilleurs films de l’histoire. Revenir avec une suite s’annonçait ainsi encore plus dur que pour les Star Wars ou Mad Max. 35 ans après Denis Villeneuve s’attaque donc à un sacré morceau, mais qui d’autre que lui pouvait-on espérer ?

Côté scénario, le film se passe 30 ans après le premier. Rien n’a vraiment évolué, les grandes corporations continuent de diriger le monde et les Blade Runner détruisent les Replicants rebelles. L’officier K (Ryan Gosling), un Blade Runner particulièrement efficace, se voit enquêter sur une affaire faisant bientôt ressurgir le passé. 

Je n’en mettrais pas plus sous peine de spoiler, la plupart des résumés officiels en dévoilant déjà trop.

Disons-le tout de suite, ce film est une réussite au-delà de mes espérances. J’apprécie particulièrement le cinéma de Villeneuve, et c’était sans doute le meilleur choix de réalisateur possible. De fait, il n’a pas essayé de courir après son modèle (n’est-ce pas, Star Wars épisode 7) mais a procédé intelligemment, s’appropriant l’histoire en faisant un pont entre les deux films. Un des coscénaristes du premier, le directeur photo Roger Deakins (Skyfall, no country for old men), le tout pour une histoire très réussie et, surtout, une claque visuelle comme il n’en arrive que trop rarement.

Le film se construit d’abord comme un polar, que l’on voit peu à peu se transformer en un voyage initiatique centré autour du héros. Le plus remarquable pour un Blockbuster, il prend son temps, n’a pas peur d’assumer sa lenteur et sa mélancolie parfois extrêmes. Et dès que l’on semble enfin tenir la fin de l’intrigue, celle-ci se brise pour repartir dans une autre direction. Espacé sur un peu plus de 2h30, il ne laisse que peu de scènes d’action. Et même ainsi il casse les codes du Blockbuster Hollywoodien, se rapprochant plus d’une action froide et réaliste à l’Asiatique (cinéma Coréen et Japonais en tête), marqué par très peu de changements de plans. Les Replicants, censés être tout puissants, sont alors ramenés à une dimension humaine, entretenant la même ambiguïté que le premier Blade Runner.

Et s’il est difficile de les comparer, ces différences sont pourtant intéressantes dans l’approche de 2049.

Le premier présentait une dystopie, mais une dystopie proche du songe, du rêve éveillé, l’esthétisme cyberpunk bien en avant. Ici tout est froid, brumeux, plus sombre et plus anguleux encore, désespérément vide à l’exception de rares scènes de bas-quartiers. Finis ou presque les néons, les tenues bariolées, les échoppes grouillantes façon marché Asiatique. Ici on isole davantage l’individu, on anticipe ses moindres besoins à grands renforts de drones ou d’androïdes domestiques, le forçant à se recroqueviller de plus en plus dans son propre monde, une vision dystopique plus contemporaine. Le premier présentait un monde en décrépitude mais encore bouillonnant et organique, attendant sa chute. Le second est figé, clinique, sans espoir, presque éteint et hors du temps. La société apparait comme moins solide encore, presque absente, ses strates plus floues mais toujours survolées par d’immenses corporations. Derrière ces choses, on voit que le moindre grain de sable, le moindre questionnement échappe totalement à ces groupes, et c’est là le point de départ de l’intrigue. Blade Runner 2049 va donc dans une direction différente alors qu’il semble si proche de prime-abord, en faisant la parfaite approche pour une suite, n’essayant pas de singer mais de compléter véritablement l’original.

D’une certaine façon, ce film est plus beau encore, mais il délaisse les petites approximations, les plans rapprochés et le côté légèrement organique du premier pour une maitrise totale de l’espace et un passage aux plans larges presque systématique. Le moindre de ses plans est ainsi un tableau, réduit à l’épure, d’une géométrie parfaite, le tout à grand renfort de maquettes titanesques. Il est possible de trouver l’exercice trop tape-à-l’œil, trop parfait, pour ma part je suis simplement bluffé par le rendu qui n’a pas vraiment d’équivalent. Reste que le premier possédait l’esthétique de l’apogée de Ridley Scott, ce qui tient plutôt bien la comparaison.

Alors oui, ne pas accrocher au style risque de vous faire dire que ce film est lent et prétentieux, voire une branlette visuelle pompeuse comme on peut parfois le lire. En cela, il n’est pas si différent d’un Stalker (clairement une inspiration) ou même d’un Blade Runner de 1982 qui essuyaient les mêmes reproches.

Autre point fort : les rôles féminins, particulièrement bien exploités à travers leurs relations avec le personnage principal. Ana de Armas particulièrement, offrant parmi les scènes les plus envoutantes du film. Sa relation avec le personnage principal est clairement une des réussites du film.

Les quelques clins d’œil au premier, plus nombreux qu’on ne le pense, sont souvent discrets et demanderont pour certains une très bonne connaissance de l’œuvre.

Seul vrai reproche du film : le concept de création, via le chef de la corporation Wallace (remplaçant la corporation Tyrell), n’est pas assez bien exploité, présenté de manière un peu bancale et confuse, et finalement relégué bien derrière la notion de quête d’identité.

Point mitigé : la bande son. Bien à propos, lancinante et (trop ?) pesante, mais pas aussi brillante et planante que l’original de Vangelis, parfois paresseuse à défaut d’être hypnotique.

 

Blade Runner 2049 est un petit miracle visuel enrobant une histoire brillamment écrite. Long et contemplatif, nerveux et viscéral quand il le faut, ne se prosternant pas devant son ainé, un petit bijou de SF qui aura pourtant le même accueil qu’il y a 35 ans : des avis divisés. Encore meilleur ? Peut-être pas, mais clairement de la même trempe.

 

Date de sortie : 4 octobre 2017

Durée : 2h 43min

De : Denis Villeneuve

Avec : Ryan Gosling, Harrison Ford, Jared Leto 

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