[Ciné] Critique : Le roi Arthur : La légende d’Excalibur

La légende Arthurienne est sans doute la plus célèbre de son genre littéraire. Aucune surprise à la voir adapté dans le 7ème art dès la fin des années 40, et ce pour une liste garnie. Excalibur de John Boorman, Sacré Graal des Monthy Python, Chevalier de la table ronde de Richard Thorpe, Merlin l’enchanteur de Disney, l’univers n’a pas manqué de films culte, tout comme il comporte des nanars (Lancelot le premier chevalier, avec un richard Gere au sommet de sa coiffure), des adaptations étranges mais pas inintéressantes (La dernière légion), ainsi que des œuvres proches du trip hallucinogène (Perceval avec Fabrice Lucchini). En somme, à boire et à manger. Mais si l’on considère, en généralisant, que les réalisateurs Américains (excepté lors de l’âge d’or d’Hollywood) ont toujours massacré les grands classiques Européens, nous avons affaire au très Britannique Guy Ritchie, réalisateur (récemment) de U.N.C.L.E et des Sherlock Holmes 1 et 2. Un réalisateur auquel on reproche souvent de réparer une mise en scène très bancale par des effets de styles. Pas forcément réjouissant pour ce qui arrive.

Jeune homme futé, Arthur tient les faubourgs de Londonium avec sa bande, sans soupçonner le destin qui l’attend – jusqu’au jour où il s’empare de l’épée Excalibur et se saisit, dans le même temps, de son avenir. Mis au défi par le pouvoir du glaive, Arthur est aussitôt contraint de faire des choix difficiles. Rejoignant la Résistance et une mystérieuse jeune femme du nom de Guenièvre, il doit apprendre à maîtriser l’épée, à surmonter ses démons intérieurs et à unir le peuple pour vaincre le tyran Vortigern, qui dérobé sa couronne et assassiné ses parents – et, enfin, accéder au trône…

Ne prenons pas de pincettes : Le roi Arthur : La légende d’Excalibur est un film extrêmement mauvais film. Et lorsque je dis mauvais, j’entends par là qu’il est mauvais en tant que film et déplorable en tant qu’adaptation d’un univers dont on voit, dès les premières minutes, qu’il se moque éperdument, préférant se coller l’étiquette de « relecture punk » pour masquer cela. Un film d’action bancal, à la progression et à l’univers incompréhensible, vomissant des éléments Arthuriens (Excalibur, Mordred, Merlin, camelot) pour les utiliser n’importe comment, tout en les enrobant du pire de Guy Ritchie : usage intensif des ralentis, de la narration à rebours (que certains qualifient de visionnaires), de plans bricolés pour un joli trailer, et d’une liste d’absurdités toutes répétitives dont l’énumération serait fastidieuse. Guy Ritchie s’aligne systématiquement sur le pire de l’Hollywoodien, ne serait-ce que dans le déroulement foutraque de l’histoire, et l’absence de vision globale. Le film est une suite de scénettes qui ne s’assemblent que par la force des choses, aucun personnage ne se développe autrement que dans des facilités de scénario. Artistiquement le film veut en mettre plein la vue sans jamais y arriver. Les effets de styles sont là, le côté artistique emporté sur Avalon, la mise en scène tâtonnant les abysses avec la dame du lac.  

Le film est lambda, fourre-tout, presque parodique tant il veut absolument paraître moderne, cool et intelligent. L’idée que les chevaliers de la table ronde ne soient pas tous d’ascendance Celte pourrait passer si elle était bien exploitée, mais la simple présence d’un certain George, Asiatique, et maitre d’art martiaux dans son temple a fini de m’achever bien avant la conclusion du film. Et pourtant, le futur roi Arthur élevé dans une maison de passes en bois et devenant maquereau à l’âge adulte avait placé la barre foutrement haut. 

Plus encore, je ne trouve rien à sauver dans ce film, absolument rien, et tous les qualitatifs y passeraient tant cette superproduction cumule ce qu’il ne faut pas faire au cinéma. Rien n’est maîtrisé :ni la photo, ni le scénario, ni la cohérence des scènes ou leurs raccordements, ni la musique, Guy Ritchie accouche d’une œuvre totale. Et cela était sans compter la prise en compte de l’univers qu’il tente de s’approprier.

Ce dernier point est sans doute le pire. Probablement pioché dans un chapeau, dans un état d’ébriété tout Britannique, Ritchie balance les noms et les fonctions pratiquement au hasard : Mordred (fils d’Arthur ou de Loth selon les versions) ? Un mage renégat à la tête d’une armée d’éléphants géants. Excalibur ? Le côté métaphorique c’est pour les tapettes, faisons un BFG9000 à la Doom. La lignée des Pendragon ? Uther adore son fils Arhur et le protège jusqu’à la mort. L’univers n’est qu’un prétexte facile, tout comme on se sert d’une saga à succès pour gonfler ses ventes.

Pour toutes ses raisons, et puisque je m’intéresse un tant soit peu au sujet, je déteste profondément ce film. Nombre de réalisateurs se sont amusés du mythe, sont partis parfois trop loin, l’ont rendu comique ou proche de la farce, lui ont apporté des touches très personnelles (le cas de Kaamelott livre 5 et 6), mais il est très rare de le voir se faire piétiner. Les codes n’empêchent pas les libertés, à conditions de les maîtriser. Ritchie, lui, n’en rigole jamais. Il ignore son sujet, le balaye de son simple «il faut dépoussiérer », se l’approprie pour mieux le ridiculiser, et l’affront est à la hauteur d’un Dragon Ball Evolution pour la saga DB. Oui, ce film est pour moi à ce niveau de détestation, au moins fera-t-il valeur de mètre étalon.

Rares sont les films me laissant un jugement aussi tranché. Mais Le Roi Arthur : la légende d’Excalibur parvient à une sorte d’absolu. Rien n’est à sauver dans cette œuvre incompréhensible, mal rythmée, mal filmée, délivrant en argument ultime un colossal bras d’honneur au mythe Arthurien. Par pitié, épargnez-nous au moins une suite.

 

 

Un commentaire

  1. 18 mai 2017
    Reply

    Le film ne me branche pas beaucoup, et cet article me confirme mon opinion

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