[Ciné] Critique : Dans les forêts de Sibérie

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A nous les espaces infinis, le calme, la glace, la terre inhospitalière de Sibérie. Véritable ode au dépaysement, Dans les Forêts de Sibérie est librement adapté du roman Eponyme de Sylvain Tesson. D’une œuvre contemplative et solitaire Safy Nebbou annonce vouloir trahir légèrement la forme en la rendant un peu plus cinématographique, moins intérieure. Le résultat ?

Sans avoir vu ou presque d’extraits du film je savais à l’avance que le sujet me parlerait, que le réalisateur réussirait à s’approprier l’œuvre d’origine en lui rendant hommage. Presque pas de surprise sur ce film ne commettant aucune véritable erreur. Peut-être pas assez contemplatif pour ma part, sans doute trop inaccessible pour une partie du public dont ce ne sera pas la tasse de vodka. Dans les forêts de Sibérie ne tente pas d’expliquer les choses, fait doucement avancer l’intrigue sans trop annoncer son existence. Il replace le personnage comme un monsieur tout le monde fatigué de sa vie civilisée mais qui, contrairement à l’essentiel des hommes, ose tout abandonner.

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Le propos est beau car n’explose jamais les raisons profondes de ce départ, l’histoire passée de l’homme dans lequel tout le monde peut se projeter. Raphael Personnaz campe cet aventurier de manière très crédible, devant composer l’essentiel de son jeu seul, ce qui n’était pas forcément gagné. L’invention d’un second personnage, et j’en dévoilerai le moins possible, est un excellent ajout pour le film. Lui donnant une profondeur à la fois humaine et mystique, Nebbou instille un petit enjeu dramatique sur fond d’amitié. D’un point de vue purement formel, c’est une œuvre anti-sociologique, les très rares relations sont ramenées au plus simple, les conflits inexistants, essayer de détricoter la pelote de laine de la civilisation est ici inutile.

Beaucoup de grands espaces blancs, des plans de caméras parfois intimistes et parfois immenses, peut-être pas assez nombreux pour ces derniers (mais ce n’est pas un documentaire). Le côté technique est assez simple, sans vrai parti pris esthétique, juste sérieusement fait et assez photographique.

Au chapitre des reproches ? Qu’il ne parle, malgré son ouverture, pas à tous les publics. Ni didactique ni donneur de leçon ni livré clé en main, c’est un film ovni, assez libre et pas forcément simple à appréhender. Rien de prétentieux là-dedans, seulement dur à classer. Le cinéma de Nebbou surprend donc toujours, offrant l’impression au spectateur de sortir plus intelligent et plus riche sans pour autant lui avoir appris quelque chose.

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Petit plus avec la musique de Ibrahim Maalouf qui, lui aussi en ovni, s’impose sans peine dans cette BO. J’aime énormément le musicien, mais je restais curieux sur son intégration dans un tel film. Sans être la musique parfaite, son apport des cuivres au traditionnel piano (que l’on garde seul en général pour parler de solitude) est très bénéfique.

Un film en forme de voyage intérieur mais ouvert au monde, dépaysant sans être contemplatif, humain mais tourné vers la nature la plus simple. Dans les Forêts de Sibérie a tout du feel-good movie sans jamais en avoir la forme. Pas forcément accessible mais tellement plus dépaysant que l’essentiel des productions Françaises.

 

Date de sortie : 15 juin 2016

Durée : 1h 45min

De : Safy Nebbou

Avec : Raphaël Personnaz, Evgueni Sidikhine

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Un commentaire

  1. 2 juillet 2016
    Reply

    Belle critique qui motive pour aller voir ce petit Ovni Frenchy
    On m’a vendu ça comme un “Into the Wild” Cross “The Revenant” à la française tu partages ce point de vue ?

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