[Critique ciné] Black Panther

Il est là, enfin, le film qui divisera et fera ressortir des réseaux sociaux leur plein et universel potentiel de stupidité. Mais au-delà de ce que le héros représente dans son histoire et sa symbolique (que je n’aborderai presque pas ici), Black Panther promet une certaine différentiation dans la maison Marvel. La forme, tout d’abord, délaissant le berceau Américain pour les racines Africaines, les gratte-ciels arrogants pour des tours bien cachées. Le fond, enfin, pour un propos plus sérieux ramenant à la création du super héros en plein mouvement pour les droits civiques. Un peu beaucoup pour un Marvel qui ne cesse d’être pantouflard dans son univers. De quoi faire un bon film ?

Après les événements qui se sont déroulés dans Captain America : Civil War, T’Challa revient chez lui prendre sa place sur le trône du Wakanda, une nation africaine technologiquement très avancée. Mais lorsqu’un vieil ennemi resurgit, le courage de T’Challa est mis à rude épreuve, aussi bien en tant que souverain qu’en tant que Black Panther. Il se retrouve entraîné dans un conflit qui menace non seulement le destin du Wakanda, mais celui du monde entier…

Alors oui, j’ai bien aimé, mais pas tant pour ce qu’il réussit que pour ce qu’il tente. Assez éloigné des Marvel récents, Black Panther se démarque tout d’abord pas sa photographie, à la fois plus inspirée et plus ambitieuse qu’à l’accoutumé. Dans son déroulement (assez long) on peut par contre séparer le dernier tiers du reste. Les deux premiers tiers laissent une vraie vision d’auteur au réalisateur Ryan Coogler, dont la patte passe par certaines approches, un plan séquence très réussi par exemple, et une préférence pour le rythme apaisé. Ici le temps prend son temps et le film tire en longueur pour s’accélérer (un peu trop) comme un Blockbuster standard dans le dernier tier/quart, retombant dans du clone Avengers à tous les compartiments, cela sans grande inspiration. Sans aller plus loin que la supposition, le changement est si brutal qu’on ressent la main des producteurs et/ou d’un tâcheron chargé de remettre le film dans les clous. Très bon casting, il est ainsi difficile de faire ressortir tel ou tel personnage du lot.

Assez classique dans son déroulement, jamais génial dans son scénario, Black Panther n’en reste pas moins un film de super héros plutôt intelligent dans son approche… sans doute trop pour une partie de son public. Remuant la surface des choses, n’allant pas jusqu’à flatter tel ou tel racialisme mais se posant davantage comme un objet de fierté des origines. Il met en avant la critique de la perte des racines via le colonialisme et le racisme et, de manière plus subtile, de la quasi disparition des nombreuses croyances traditionnelles, cela via une esthétique mélangeant technologie et traditions à travers le royaume fictif de Wakanda. Petit regret, Wakanda, malgré une place supposée importante, ne parait que survolé, tenant de l’utopie qu’on ne voit jamais qu’au travers de plans lointain, l’intrigue s’éparpillant alors un peu trop dans un road trip assez inutile. Au final, malgré des efforts, l’approche reste afro-américaine et non Africaine, d’autant plus que la morale, elle, est bien celle de Disney, réglant les enjeux du Wakanda par un prévisible « nous sommes tous humains après tout ». Il était difficile de faire autrement. Pas trop bousculé non plus sur le ou les méchants, fidèles à Marvel, paraissant impressionnants puis ne cessant de se déliter.  

Sans faute côté bande son, même si celle-ci avait largement été présentée et mise en avant, que ce soit dans sa partie hip-hop ou ses musiques plus traditionnelles. Ne pas oublier que, que ce soit dans ces dernières ou dans la mythologie (très floue) mise en avant, le personnage reste une simplification, ou plutôt un condensé (voire un fantasme) très large de l’Afrique Subsaharienne. Le Wakanda étant quant à lui un état (fictif) de la corne de l’Afrique, planté dans une région assez précise. 

 

Black Panther n’est pas un film que tout le monde appréciera, relativement classique mais se permettant des libertés déjà insupportables pour une partie de la fanbase filmique Marvel. A l’instar d’un Star Wars 8 (allant pourtant bien plus loin), il aura sans doute ses violents détracteurs. Mais tout comme lui, il s’éloigne suffisamment des rails pour donner l’impression d’être une œuvre à part entière, pas l’énième épisode d’une série, et donner l’envie d’être revu.

 

Date de sortie : 14 février 2018

Durée : 2h 15min

De : Ryan Coogler

Avec : Chadwick Boseman, Michael B. Jordan, Lupita Nyong’o, Daniel Kaluuya

 

 

 

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